Hommages à Lola Salines

Hommage à Lola Salines

Lola Salines à la remise des diplômes de master 2 à la Sorbonne La promotion 2010-2011 du master Edition
Lola lors de la soirée de remise des diplômes à la Sorbonne (avec sa promotion, au premier plan à gauche).

 

Lola présentant le projet de sa promotion Lola donnant une interview pour France Inter
Lola présentant l’ouvrage publié par les étudiants (Nul ne skie assez doucement pour glisser sans laisser de traces) lors de la soirée de promotion à L’Imagigraphe, et répondant à une interview pour France Inter

 

Lola Salines, qui faisait partie de la promotion 2010-2011 du Master 2 « Métiers de l’édition », est décédée à l’âge de 28 ans lors de la prise d’otages au Bataclan.

Tous les étudiants et les enseignants du Master souhaiteraient s’associer à la douleur de sa famille et de ses proches, qui affrontent cette épreuve avec un courage exceptionnel.

Ses amis et camarades de promotion, ou tous ceux qui ont connu Lola ne serait-ce qu’un instant, ne pourront jamais oublier sa gaieté, son humour et sa folle énergie. Il aura fallu la violence la plus aveugle à toute forme de beauté, de joie et de liberté pour vaincre en elle cet enthousiasme inébranlable des passionnés de la vie.

Sa fantaisie et sa créativité allaient de pair avec une extrême rigueur. Jeune éditrice prometteuse à Edi 8, elle allait lancer en janvier un nouveau label, 404 Editions, qui témoigne de sa passion pour les formes culturelles contemporaines. Certains de ses auteurs, Saboten ou Andyraconte, lui ont rendu hommage.

Elle avait l’envergure des grands éditeurs, de ceux qui savent emmener leurs auteurs et leurs lecteurs sur des chemins qu’ils n’auraient jamais empruntés.

Qu’elle reste pour nous le symbole de ce que les attentats ont tenté de détruire : le talent d’une génération lancée vers l’avenir, et non repliée sur un monde rétrograde.

 

Hommage à Lola Salines sur France Inter (à partir de la 3e minute)

 

Quelques dessins de Lola :

Lola in Love with Paris
Lola in Love with Paris

 

Lola danse sur Lotus Flower de RadioheadLola danse sur Lotus Flower de Radiohead (suite)
Lola danse sur Lotus Flower de Radiohead

 

Illustration de Lola pour le projet de sa promotion

Pour l’ouvrage collectif publié par les étudiants du Master, Nul se skie assez doucement pour glisser sans laisser de traces (2011), Lola avait illustré de cette image un texte de Nicolas Lieury, « Les boutons délaissés sur les bancs sont des âmes perdues » :

Et dans ma boîte en fer,
Ce ne sont plus des boutons
Mais des âmes entières
Que j’emprisonne ainsi.
Je suis collectionneur
De boutons et de vies,
En souvenir de celle
Que j’ai perdue un soir

 

F. pour Lola

Il y a cinq ans, nous, les dix-sept éditeurs-trices du Master 2 Édition avions fièrement lancé un appel à textes qui alpaguait le lecteur avec ces mots :

Ouvrez l’œil !

Nous demandions aux futurs auteurs de repérer des traces anonymes et involontaires. Lorsque nous avons rédigé ce texte, nous étions dix-sept, dans la cour de la Sorbonne, sur les dalles marbrées, sous les arcades.

Ce premier jour, cette première discussion, a fait de Lola ma partenaire indéfectible cette année-là.

Nous écrivions :

Un objet oublié ou perdu, un acte manqué, un indice qui vous interpelle… Pénétrez dans l’intimité de ceux qui les ont laissés en inventant leur histoire.

Lola, tu as laissé de nombreuses traces, même si nous n’avons pas besoin d’elles pour nous souvenir de qui tu étais et combien tu étais brillante.

Tes traces seront le point de départ de la création, la création telle que tu l’aimais et que tu la défendais.

Nul ne skie assez doucement pour glisser sans laisser de traces.

 

Ta partenaire indéfectible

 

Marc Pondruel pour Lola

Salut Lola,

C’est quand le flic a crié de nous accroupir derrière le comptoir qu’on a commencé à comprendre. Un client, fixé à son téléphone, a chuchoté que l’assaut venait d’être donné. Jusque-là, dans notre bar saturé d’informations contradictoires, on ne comprenait rien. Puis, les flics nous ont évacués, trois par trois, juste après l’assaut contre la salle de concert où tu étais, cent mètres plus bas sur le boulevard.

Comment on organise la riposte, face à des gens comme ça. Comment lutter contre eux. Tu sais, quand je vivais aux Etats-Unis, j’ai tiré au M-16 une fois, sur un champ de tir. J’ai raté tous les machins à atteindre et n’ai réussi qu’à me bousiller l’épaule à cause du recul de l’arme. Entre nous, c’était plus Charlot-soldat que John Rambo qui revient glorieux du Vietnam. Alors, bien sûr, il y a ceux que l’on voit dans les gares patrouiller en kakis, avec leurs Famas et leurs regards sourcilleux. On leur fait confiance, ils nous protègent, même ça ne rassure qu’à moitié. Car entre nous, on est plutôt chat que chien policier. Des chats qui aiment paresser au soleil d’une après-midi, sur les quais. Des chats qui dansent le rock n’ roll. Des chats qui, après la journée de boulot, reprennent volontiers une tournée de Mojito. Des chats qui passent leurs soirées entre République et Voltaire. Parce que la bière n’est pas chère, parce que les bars, les vendredis d’hiver, quand le vent souffle entre les tilleuls de l’avenue, sont accueillants. On ne sait pas faire la guerre. Les Kalachnikovs, pour nous, ça faisait jusqu’à hier des bruits de pétards. Et la guérilla urbaine, c’est à Sarajevo, Damas, Kaboul qu’elle se passait. Pas dans les rues du vieux Paname. Depuis ce matin, c’est dans toute la tête, que ça tangue. Oui, les terrasses, c’est vulnérable. Oui ce genre d’attaque est imprévisible. Vive la mort, disent-ils, en sortant de leurs bagnoles noires, enfouraillés jusqu’aux yeux. Vive l’existence, on leur crie. Vive notre bonne humeur. Face à eux, on est des militants de la joie de vivre. De la vie parisienne. Des brasseries, des zincs, des petits verres de liqueur. Du café noir, pris près du percolateur. Vive la vie. La prochaine fois, j’aurai un pincement au cœur devant ma bière. Mais je la boirai en pensant à toi. Car si la vie cahote, on va continuer. A sortir. A aller voir des concerts. A boire des verres. A s’aimer. Bonne nuit, là-haut. Je t’embrasse. Marc